Il était une fois, blotti dans les entrailles du pic de Bugarach, là où la lumière du soleil ne parvenait jamais à percer l’épaisseur des roches millénaires, un bunker souterrain d’une technologie si avancée qu’elle aurait fait pâlir d’envie les plus grands génies terrestres. Ses parois métalliques, lisses comme de la glace polie, reflétaient les lueurs bleutées des écrans holographiques flottant dans l’air chargé d’une énergie étrange. Une scène pour le moins cocasse, voire absurde, s'y déroulait.
Zorp et Xylos, deux extraterrestres originaires de la lointaine planète Gliese 581c, y étaient installés comme des rois. Leurs corps élancés, recouverts d'une peau bleutée parsemée de motifs luminescents changeant de couleur selon leurs émotions, contrastaient avec l'obscurité ambiante. Assis dans des fauteuils massants aux formes organiques, ils sirotaient des bulles gazeuses de nébuleuse pétillante, leur équivalent du pop-corn, tout en observant, hilares, le spectacle qui se jouait à la surface de la Terre.

Sur l’écran géant qui occupait presque toute une paroi, défilaient en direct les images des agissements des villageois. Ghislaine, la voyante locale, tentait désespérément d'établir un contact télépathique avec Marguerite, une vache normande aussi indifférente qu'impassible. Ses yeux mi-clos et ses meuglements nonchalants semblaient dire : « Encore toi ? »
« Regarde-moi ça, Zorp ! » s’esclaffa Xylos, les antennes frémissantes d’amusement. « C’est la meilleure comédie que la Voie lactée ait jamais produite ! Ils croient dur comme fer qu’on est là pour les sauver… S’ils savaient qu’on passe notre temps à étudier leur talent inné pour se bercer d’illusions ! »
Un rire cristallin, presque musical, s’échappa de sa gorge.
Zorp, dont les trois yeux brillaient de malice, attrapa une poignée de pop-corns nébuleux, en lança un en l'air, puis le rattrapa avec sa langue préhensile.
« Et ce boulanger, là-bas ! » Il désigna du doigt un homme en tablier farineux qui haranguait une poignée de touristes, leur jurant avoir vu de ses propres yeux « un truc volant, gros comme une montagne, avec des lumières vertes ».

« Il a probablement confondu nos vaisseaux avec les vapeurs de son dernier croissant trop cuit ! »
Xylos gloussa, ses motifs cutanés passant au violet, signe d’une hilarité intense.
« Et ce candidat à la présidence qui promet de révéler la vérité sur notre présence ?! Il a même écrit un livre : Les extraterrestres m’ont sauvé la vie (et ma carrière politique) ! »
« Ah, celui-là… » soupira Zorp en secouant la tête. « Un vrai génie du marketing. Il a compris que plus c’est invraisemblable, plus ils y croient. »
Soudain, une alerte stridente retentit, accompagnée d'un clignotement rouge sur les écrans. Un groupe d’illuminés, comme Zorp et Xylos aimaient à les appeler, tentait d’escalader les pentes escarpées du Pic, brandissant des bannières sur lesquelles étaient inscrits des messages désordonnés : « Bienvenue à nos frères stellaires ! », « L’Ascension est proche ! » ou encore « On vous a apporté des madeleines ! ».

« Oh non, pas eux encore… », gémit Zorp en se laissant tomber contre le dossier de son fauteuil. « Ils reviennent chaque week-end, comme des mouettes affamées. On devrait leur envoyer un signal clair, non ? »
« Une blague ? » proposa Xylos, les yeux pétillants. « Juste une petite… pour le fun ? »
Zorp ne se fit pas prier. D'un simple mouvement de ses longs doigts effilés, il actionna une commande sur son bracelet holographique. Un hologramme géant en forme de soucoupe volante apparut alors au-dessus du Pic, accompagné d’un bourdonnement grave qui fit trembler les feuilles des arbres alentour. Les humains, en bas, s’immobilisèrent net. Certains tombèrent à genoux, les bras levés vers le ciel ; d'autres se mirent à danser en cercle en chantant des mantras incompréhensibles. Ghislaine, toujours en transe, affirma avoir enfin établi le contact avec Marguerite.

« C’est… trop facile… », hoqueta Xylos, les larmes aux yeux, enfin, au sens figuré, car les extraterrestres de Gliese 581c ne pleuraient pas vraiment. « Ils voient ce qu’ils veulent voir. Même si c’est un leurre grossier ! »
Zorp, pensif, grignota un dernier pop-corn avant de lancer :
« Tu sais, Xylos… Parfois, je me demande si on ne devrait pas se révéler. Juste pour voir leur tête quand ils comprendront qu’on est là depuis des siècles… Et qu’on s’ennuie ferme. »
« Tu n’y penses pas ! » s’exclama Xylos, horrifié. « S’ils savaient qu’on les observe comme une émission de télé-réalité… Ils perdraient leur charme ! C’est leur foi inébranlable qui rend tout ça si divertissant ! »
Un silence complice s’installa entre eux. Puis, d’un commun accord, ils éteignirent l’hologramme, laissant les humains à leur extase collective. Sur l’écran, Ghislaine venait de déclarer solennellement que Marguerite lui avait révélé que les extraterrestres adoraient les croissants au beurre.
Zorp et Xylos échangèrent un regard, puis éclatèrent de rire à nouveau. À Bugarach, le spectacle était loin d’être terminé. L’Apocalypse ? Une chimère. Mais la comédie, elle, était bien réelle… et bien plus savoureuse que tous les pop-corns de la galaxie.
Par Momo
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