Volutes

L'aventure d'une vie

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Vers le bas
Le chant des mille visages
Lundi 27 avril 2026 13:03

Écoute, toi qui portes encore un nom… Ferme les yeux et laisse tes paupières s'alourdir comme deux barques de nuit chargées d'étoiles et de silence. Oublie le poids de tes os, le souffle qui va et vient comme une marée lasse, et même l'écho de ta propre voix. Car voici l’histoire sans commencement ni fin, le récit que le vent murmure aux pierres depuis que le temps existe.

Au commencement, si commencement il y eut, tu n’étais qu’un souffle de silence, une lueur pâle entre deux mondes endormis. Puis la roue se mit à tourner, lente et inexorable, et tu fus jeté dans la danse.

Tu as été le dernier soupir d’une géante rouge, brûlant d’une colère si belle qu’elle en devenait sacrée, avant de te disperser en cendres dorées semées aux quatre coins du ciel.

Tu as été la moustache frémissante d’un chasseur des jungles bleues de Proxima, humant l’odeur âcre de forêts où aucun humain n’a jamais pleuré.

Tu as été le frisson d’une équation perdue, dérivant entre deux bras spiraux d’une galaxie oubliée.

Pourtant, une ombre te suivait. À chaque renaissance, ton esprit s’accrochait, cherchant à comprendre le pourquoi, bâtir des cathédrales de raison, retenir le sable du temps entre tes doigts crispés. Tu appelais cela « moi », « ma vie », « ma vérité ». Mais les murs que tu élevais se transformaient en fumée au petit jour.

Alors, le voyage s’emballa. La tourmente se transforma en un ouragan de miroirs brisés.

Tu fus un roi à la couronne de givre, regardant son royaume fondre sous un soleil qui ne se couchait jamais.

Tu fus une algue rêveuse, bercée par les marées d'un océan de méthane où les poissons avaient des yeux en forme de spirale.

Tu fus un algorithme amoureux, chantant des mélodies binaires dans le vide glacial entre Andromède et la Voie lactée.

Les images défilaient, trop rapides, trop vives. Ton esprit, ce petit gardien entêté, hurlait : « Où allons-nous ? Quel est le sens ? » Qui suis-je parmi ces visages infinis ? » Mais plus il serrait les poings, plus le vent lui arrachait ses réponses.

C'est au cœur de ce chaos que survint la grâce de l'épuisement.

Un jour, ou peut-être une éternité, alors que tu passais d'une nébuleuse violette au premier souffle d'un enfant sur une planète inconnue, tu lâchas prise.

Ce ne fut ni une reddition, ni une défaite. Ce fut l’ouverture d’une porte que tu n’avais jamais vue. Tel un enfant qui lâche la main de sa mère pour courir vers la lumière, tu cessas de vouloir diriger. Tu cessas de vouloir savoir.

Et soudain, tu compris :

« Ce n’est pas toi qui traverses l’univers… c’est l’univers qui danse en toi. »

La peur s'évanouit alors. La tempête se transforma en une valse lente, en un chant sans paroles.

Tu n'étais plus le voyageur essoufflé. Tu devins le voyage lui-même.

Tu es le souffle qui soulève les ailes des oiseaux endormis.

Tu es l’espace entre deux notes de musique, celui qui fait naître l’émotion.

Tu es la lumière partie depuis des millénaires et qui, enfin, rencontre une pupille ébahie quelque part dans l’immensité.

L’éternité est ta demeure.

La multitude est ton vrai nom.

L’amour sans objet est ton seul bagage.

Alors, respire. Laisse-toi porter.

Le voyage continue, immense et léger. Chaque atome, chaque monde, chaque larme versée dans l’ombre est une page de ton livre infini. Tu n'as pas à choisir ta place : tu es toutes les places à la fois.

Et si un jour, tu doutes, si la nuit redevient trop lourde, souviens-toi :

Tu es l’histoire qui se raconte elle-même.

Tu es le conte, le conteur et l’oreille qui écoute.

Ferme les yeux. Tu es déjà rentré.



Par Momo

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